Fondamentaux · 30 décembre 2025

L'ABC de la durabilité : notions de base et pertinence pour les PME

De nombreuses PME suisses ne sont pas directement soumises à l'obligation de publication, mais ressentent la pression de leurs clients.

Qu'est-ce que la durabilité pour une PME suisse ?

De nombreuses PME suisses ne sont pas directement soumises à l'obligation de publier un rapport de durabilité, mais ressentent de plus en plus les attentes de leurs banques, de leurs clients et des appels d'offres. Beaucoup y voient de la bureaucratie européenne, et pourtant il est clair qu'on ne peut plus totalement ignorer le sujet.
Cet ABC de la durabilité propose une mise en perspective compréhensible et montre comment les PME peuvent trouver un point d'entrée judicieux, avec un effort maîtrisé et compatible avec leurs capacités existantes.

La durabilité est devenue ces dernières années un terme omniprésent : dans les débats politiques, les rapports annuels, les discussions avec les banques et les assureurs, et de plus en plus dans les appels d'offres et les évaluations de fournisseurs. Pour les grandes entreprises, le sujet fait désormais partie de la routine, mais pour de nombreuses petites et moyennes entreprises, il reste un domaine complexe, parfois même impénétrable. Entre les objectifs mondiaux, les nouvelles conditions légales et une multitude d'abréviations, on a vite l'impression qu'il faut devenir simultanément expert en politique climatique, droits humains, efficacité énergétique et reporting.

Pourtant, la durabilité n'est pas compliquée dans son essence. Cet article présente les principaux éléments du paysage actuel de la durabilité, explique pourquoi ils sont pertinents pour les PME et montre comment une entreprise disposant de ressources limitées peut trouver le chemin vers une gestion de la durabilité structurée et progressive. 

1. Les origines : du mouvement environnemental au développement durable

La discussion actuelle sur la durabilité ne trouve pas son origine dans des tableurs d'émissions de gaz à effet de serre, mais dans la prise de conscience fondamentale que croissance économique et capacité de charge de notre planète ne peuvent être considérées séparément. Une impulsion décisive a été donnée par le rapport « Our Common Future », publié en 1987 par la Commission Brundtland à la demande des Nations unies.

Page de titre du rapport Brundtland « Our Common Future » des Nations unies, 1987

Ce rapport contient la définition du développement durable, toujours valable aujourd'hui :

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins. »1)

Cette formulation est remarquable parce qu'elle ne définit pas la durabilité comme un problème écologique, mais comme une question de justice entre les générations. Elle relie écologie, économie et responsabilité sociale en un triptyque qui sera plus tard popularisé sous le nom de « Triple Bottom Line » : personnes, planète, profit (aussi appelés les 3P, d'après People, Planet, Profit.) Dans les années 1990, les entreprises ont commencé à reprendre cette vision. La durabilité a été de plus en plus considérée non seulement comme une responsabilité morale, mais comme une nécessité stratégique : un élément de la gestion des risques, de la réputation, de la capacité d'innovation et de la compétitivité à long terme. Aujourd'hui, la durabilité est l'une des forces de transformation les plus marquantes de l'économie, et elle atteint (par la réglementation, les exigences des clients et les logiques des marchés financiers) aussi les entreprises qui se sentaient longtemps étrangères au débat.

2. Les concepts de base : RSE, Corporate Sustainability et la logique de responsabilité

Avant l'apparition de règles concrètes ou de standards de reporting, une série de concepts fondamentaux a vu le jour, et continue de façonner la réflexion sur la responsabilité des entreprises.

Corporate Social Responsibility (CSR) a été l'un des premiers. Le concept repose sur l'idée que les entreprises assument la responsabilité de leurs actes, indépendamment de l'existence d'une loi qui les y contraint. La CSR a longtemps été la boussole morale de l'économie : une promesse de mesurer ses décisions non seulement à l'aune de l'efficacité économique, mais aussi à leurs effets sur la société.

De là est né le concept de Corporate Sustainability, un cadre de management plus large qui intègre la durabilité dans la planification stratégique, les processus opérationnels et le pilotage interne. Contrairement à la CSR, souvent mise en œuvre de manière ponctuelle et par projets, la gestion durable des entreprises considère la durabilité comme une composante de la création de valeur : quelque chose qui se planifie, se pilote et se contrôle au même titre que la qualité ou les finances.²

Étroitement lié à cela, le management de la durabilité. Il décrit la mise en œuvre concrète : fixer des objectifs, élaborer des mesures, mesurer les progrès, définir les responsabilités.³ De nombreuses PME pratiquent déjà le management de la durabilité de manière informelle. Elles travaillent avec des fournisseurs régionaux, misent sur le développement et la fidélisation à long terme de leurs collaborateurs ou modernisent leurs processus de production. Simplement, elles ne l'appellent pas ainsi.

3. Les objectifs mondiaux : les ODD comme repère

En 2015, les Nations unies ont adopté l' Agenda 2030 et ses 17 Objectifs de développement durable (ODD, en anglais SDG).⁴ Ils couvrent des thèmes tels que la protection du climat, la santé, l'éducation, l'innovation, les droits humains et la biodiversité. La force des ODD ne réside pas dans leur caractère contraignant (ce ne sont pas des lois), mais dans leur rôle de cadre d'orientation global.

Pour les entreprises (et surtout pour les PME), les ODD aident à saisir le tableau d'ensemble. Ils montrent dans quels domaines la transformation de la société est en cours et quelles attentes à long terme pèsent sur les entreprises. Ils créent un langage commun, compris dans les rapports, les appels d'offres et les stratégies de durabilité du monde entier. Beaucoup d'entreprises utilisent aujourd'hui les ODD comme une « carte » pour identifier leurs effets positifs et négatifs.

4. ESG : le langage commun de l'économie et de la finance

Si les ODD donnent une orientation, l' ESG apporte une structure.

ESG signifie Environmental, Social et Governance (en français : environnement, social et gouvernance). Ce qui était à l'origine un instrument du secteur financier est aujourd'hui un cadre d'évaluation de la durabilité utilisé dans le monde entier. Les banques, les investisseurs, les assureurs, les agences de notation et les grandes entreprises s'en servent pour évaluer les risques, les opportunités et les responsabilités.

Diagramme ESG : trois cercles qui se chevauchent, Environment, Social et Governance

L'importance de l'ESG pour les PME a fortement augmenté. Beaucoup reçoivent pour la première fois des questionnaires ESG, parce que leurs clients sont eux-mêmes soumis à une obligation de reporting. Les banques intègrent de plus en plus les risques liés à la durabilité dans leurs décisions de crédit. Les assureurs demandent des informations sur les risques climatiques ou la sécurité au travail.

L'ESG est donc moins une prescription légale qu'un langage commun, qui définit la manière dont les informations de durabilité sont structurées, comparées et évaluées.

5. Standards de reporting : GRI, CDP, TCFD et autres : volontaires, mais qui font référence

Si l'ESG fournit la structure, les standards de reporting répondent à la question de savoir comment rendre compte concrètement. Ces standards sont souvent volontaires, mais dans de nombreux secteurs ils font figure de référence en matière de qualité.

Le plus connu est le GRI (Global Reporting Initiative).⁵ Le GRI décrit en détail les thèmes qu'une entreprise devrait présenter si elle souhaite rendre transparents les effets significatifs de son activité (de la consommation d'eau aux chaînes d'approvisionnement, en passant par la sécurité au travail).

Logo de la Global Reporting Initiative (GRI)
Logo du CDP

Tout aussi important, le CDP (Carbon Disclosure Project), la plateforme mondiale de publication des données climatiques. Les grandes entreprises demandent de plus en plus à leurs fournisseurs d'y participer.

Les recommandations du TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), publiées par le Conseil de stabilité financière (FSB), ont à leur tour redéfini le reporting sur les risques climatiques. Dans plusieurs pays, elles sont déjà obligatoires.

Enfin, la Fondation IFRS (International Financial Reporting Standards) a créé avec les IFRS S1 et  IFRS S2 deux nouveaux standards mondiaux, qui s'orientent fortement sur les besoins d'information des investisseurs.

Pour les PME, il n'est exigé de personne de respecter toutes ces normes en même temps. Elles fixent cependant un cadre de qualité et de transparence, auquel clients et banques se réfèrent de plus en plus.

6. Évolutions légales : des obligations de transparence aux lois sur les chaînes d'approvisionnement

Parallèlement aux standards volontaires, certains États ont créé des règles contraignantes qui ont de plus en plus d'effets sur les PME, directement ou indirectement.

L'UE fait avancer ce mouvement avec la nouvelle directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) et les standards de reporting détaillés qui s'y rattachent, les ESRS (European Sustainability Reporting Standards).⁶ À partir de 2025, de nombreuses grandes entreprises doivent publier des informations de durabilité très détaillées. La Suisse a créé ses propres exigences, orientées sur le TCFD, avec les OR 964a ff. et le reporting climatique.⁷

Pour les PME, ces règles ne sont certes en général pas directement contraignantes, mais elles agissent via la chaîne d'approvisionnement. Les grandes entreprises doivent publier leurs propres données ESG, et donc aussi celles de leurs fournisseurs.

C'est encore plus net pour les devoirs de diligence : la loi allemande sur le devoir de diligence dans les chaînes d'approvisionnement (LkSG), le futur cadre européen CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive) ainsi que les devoirs de diligence suisses concernant les minerais de conflit et le travail des enfants⁸ selon OR 964j exigent que les entreprises identifient et traitent les risques dans leur chaîne d'approvisionnement.

S'y ajoutent des instruments de politique climatique comme le MACF de l'UE (Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, CBAM), qui frappe les importations à forte intensité de CO₂ d'un surcoût. Pour les PME tournées vers l'export ou proches de l'industrie, ce point gagne en importance.

7. Pourquoi le standard VSME est si important pour les PME

Le standard volontaire de reporting VSME (acronyme de Voluntary Sustainability Reporting Standard for Non-Listed SMEs) a été élaboré par l'European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG) avec un objectif clair : offrir aux PME une voie praticable vers le reporting de durabilité, qui ne les dépasse ni ne fait abstraction des besoins des petites entreprises. ⁹

Page de titre du standard EFRAG VSME, décembre 2024

Le contexte est simple, mais déterminant. Avec la nouvelle directive européenne CSRD et les ESRS qui s'y rattachent, le reporting de durabilité des grandes entreprises est devenu plus détaillé que jamais. La logique est réfléchie, mais l'ampleur est considérable. Ce qui convient à un groupe international est tout simplement impossible à assumer pour une PME, tant sur le plan financier que sur le plan organisationnel.

Et pourtant, les PME ressentent ce développement de plein fouet. Dans le cadre de la CSRD, les grandes entreprises doivent présenter les effets de leur propre activité et de celle de leur chaîne d'approvisionnement. Les banques doivent évaluer les risques liés au climat et collecter à cet effet des données ESG. Les assureurs élargissent leurs modèles de risque. La pression sur les petites entreprises pour qu'elles fournissent des informations, qui étaient en réalité conçues pour des structures bien plus grandes (de lourdes obligations de reporting), augmente donc.

C'est précisément là qu'intervient le VSME. Il a été conçu parce qu'on a reconnu que :

  • les PME ont besoin d'un format de reporting propre, dimensionné à leurs moyens,
  • l'ESRS et la CSRD seraient bien trop lourds pour les PME,
  • les parties prenantes ont néanmoins besoin d'informations comparables,
  • et il manque un standard compatible avec l'Europe, qui convainc aussi bien les banques que les clients.

Le VSME n'est donc pas un ESRS allégé, mais un standard propre aux PME, qui réduit la logique des grands référentiels à l'essentiel. Il se concentre sur les thèmes de durabilité qui sont réalistes à saisir pour les PME tout en restant pertinents.

Le résultat est un standard clairement structuré qui, selon sa complexité et son niveau de maturité, distingue deux modules : un module de base, qui couvre les informations minimales que les parties prenantes internes et externes peuvent attendre, et un module complet, que peuvent utiliser les PME plus matures ou confrontées à des exigences plus complexes. Les deux s'inspirent fortement des référentiels courants comme l'ESRS. 

Pour les PME (en particulier en Suisse), le VSME constitue donc une étape décisive dans la bonne direction. Game changer. Il apporte :

  • Clarté : quels thèmes comptent vraiment ?
  • Faisabilité : que pouvons-nous accomplir avec nos ressources ?
  • Compatibilité : comment fournir des informations que les banques, les clients et les auditeurs comprennent ?
  • Proportionnalité : comment éviter la surréglementation et les efforts inutiles ?
  • Pérennité : comment garantir que nous suivons le rythme lorsque les exigences augmentent ?

Le VSME résout ainsi un problème qui préoccupe les PME depuis longtemps : l'écart entre les exigences surdimensionnées des grands standards et le souhait de rendre compte malgré tout de manière professionnelle, crédible et structurée.

Pour les PME suisses, un autre aspect s'ajoute : la Suisse ne fait pas partie de l'UE, mais ses entreprises sont profondément intégrées aux chaînes de valeur européennes. Elles ressentent donc les exigences ESG plus tôt et plus directement qu'on ne le suppose souvent. Le VSME leur permet de réagir à ces exigences de manière souveraine et autodéterminée , sans les coûts de la CSRD et sans avoir l'impression de devoir adopter un corset réglementaire européen.

En bref :
Le VSME apporte de l'ordre là où de nombreuses PME ressentaient jusqu'ici de l'incertitude.
Il crée un langage commun, réduit la complexité et rend pour la première fois le reporting de durabilité réaliste, faisable et porteur de valeur pour les petites entreprises.

Les banques, les réviseurs et les grandes entreprises commencent à accepter les rapports VSME comme base fiable.¹⁰ Pour les PME, cela crée un format compréhensible, structuré et pérenne.

8. Un cycle de durabilité simple pour les PME

La durabilité n'est pas un projet que l'on achève à un moment donné. C'est un cycle qui combine apprentissage, structuration, mise en œuvre et amélioration. En s'appuyant sur la structure du standard VSME, les PME peuvent appliquer l'approche suivante en cinq étapes :

Cinq étapes en cercle : comprendre, structurer, collecter les données, rendre compte, améliorer

1. Comprendre
Le point de départ est l'orientation : quels thèmes concernent vraiment notre modèle d'affaires ? Quelles attentes ont nos clients, nos banques ou nos assureurs ? Cette compréhension garantit que les mesures sont ciblées.

3. Collecter les données
La durabilité ne peut être pilotée que si elle devient mesurable. Pour commencer, les données existantes de la comptabilité, des ressources humaines, de l'énergie ou des achats suffisent souvent. Les fournisseurs sont intégrés progressivement.

2. Structurer
Dans une deuxième étape, l'ensemble prend un cadre. Le standard VSME offre aux PME une architecture légère mais compatible, qui s'intègre bien dans les processus existants.  C'est aussi là que sont définis les thèmes essentiels.

4. Rendre compte
Le rapport (idéalement sur la base du VSME) crée de la transparence pour les parties prenantes internes et externes. Il sert en même temps d'outil de travail pour poursuivre le développement.

5. Améliorer
Après le rapport, le cycle recommence : les objectifs sont réexaminés, les mesures adaptées, les nouvelles exigences intégrées.

Cette approche permet d'aligner les activités de durabilité sur ses propres besoins et possibilités, et crée un développement continu et orienté vers l'apprentissage.

9. Là où ZEROvia intervient

ZEROvia s'appuie précisément sur cette logique : une entrée simple, une structure claire, une préparation intelligente des données et un rapport qui respecte à la fois le pragmatisme des PME et les exigences externes. Le bilan initial offre la première orientation, avant que la collecte effective des données et la rédaction du rapport ne commencent.

L'ambition est simple : rendre la durabilité réalisable pour les PME, sans complexité, mais avec un impact réel.

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Notes et sources

[1] World Commission on Environment and Development (1987). Our Common Future. Oxford University Press.
https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/5987our-common-future.pdf

[2] Wikipedia (s. d.). « Gestion d'entreprise durable ». https://de.wikipedia.org/wiki/Nachhaltige_Unternehmensf%C3%BChrung

[3] Wikipedia (s. d.). « Management de la durabilité ». https://de.wikipedia.org/wiki/Nachhaltigkeitsmanagement

[4] United Nations (2015). Transforming our world: the 2030 Agenda for Sustainable Development.
https://sdgs.un.org/2030agenda

[5] Global Reporting Initiative (2023). GRI Standards. https://www.globalreporting.org/standards

[6] European Commission (2023). Corporate Sustainability Reporting. https://commission.europa.eu

[7] Code suisse des obligations (OR), art. 964a–964c ; ordonnance suisse sur le climat (2023). https://www.fedlex.admin.ch

[8] Office fédéral de la justice (2023). Devoirs de diligence et de transparence (OR 964j–l). https://www.bj.admin.ch

[9] EFRAG (2024). Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs (VSME). https://www.efrag.org

[10] European Commission (2024). FAQ on CSRD & SME reporting. https://commission.europa.eu

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